Psychologue en libéral : comment surmonter le syndrome du « trop donné » ?

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Si le trauma vicariant est un choc, le syndrome du « trop donné » est une érosion lente. Au début de mon activité libérale, j’ai ressenti ce besoin viscéral de prouver ma valeur, d’être cette psychologue sur qui l’on peut compter à 200 %.

À retenir : Mes 3 piliers pour durer en libéral

  • Fixer des limites fermes : Sanctuariser ses horaires et ses dispo. Ce n’est pas de la rigidité, c’est de la protection mutuelle.
  • Déléguer et orienter : Passer le relais dès qu’une problématique dépasse nos ressources ou notre cadre du moment.
  • Se reparenter : S'appliquer à soi-même les principes de la thérapie des schémas. Un bon parent sait quand il faut éteindre la lumière et se reposer.

Épuisement professionnel et psychologue libéral : les mécanismes du sur-engagement

La peur de décevoir ou le piège de l'empathie absolue

En libéral, nous sommes souvent portés par une double injonction : la mission de soin et la réalité économique. On a peur de dire non, peur de rater une crise, peur que le patient se sente abandonné si on pose une limite. On devient alors « corvéable par empathie ».

J’ai vu une collègue annuler ses premières vacances depuis un an pour « tenir » un patient en crise suicidaire. Elle pensait faire preuve de dévouement ; je me suis aperçu qu'elle glissait en réalité dans l'épuisement. Car un thérapeute qui ne respire plus ne peut plus aider l’autre à retrouver son souffle.

La frénésie de formation comme quête de légitimité

Ce besoin de trop donner s’est aussi traduit chez moi par une véritable frénésie d’apprentissage. En trois ans, j’ai enchaîné tous les niveaux d’ICV et de thérapie des schémas (au CEFTI) sans compter les modules de psychotrauma, d'accompagnement des couples, d'entrainement aux différents outils (génogramme, questionnaires...) : plus de 30 jours de formations en trois ans. Pourquoi un tel rythme ?

Parce que le référentiel psychanalytique de mes études ne me suffisait plus. Pour accompagner le psychotrauma et les troubles de l’attachement, j’avais besoin de concret, de comprendre la neurobiologie, de toucher à l’émotionnel. Mais derrière cette soif de connaissances se cachait aussi une insécurité : l’idée qu’il me fallait un outil de plus pour être enfin « complète ».

Cette année, je suis partie pour trois jours en formation ACT avec Ipnosia et le Dr Bourgognon, sans trop d'attente. J'y ai appris à accepter et à me recentrer sur moi.

Attention au piège

Croire que la compétence protège de l’épuisement. Au contraire, plus on accumule d’outils puissants (comme l’ICV), plus on s’expose à des récits de vie lourds. Si le cadre n’est pas là pour nous protéger, l’outil ne suffit pas.

Les risques du sur-engagement sur la qualité des soins

Le paradoxe est cruel : à force de vouloir trop donner (en temps, en énergie, en formations), on peut finir par offrir un soin de moindre qualité. L'épuisement crée du ressentiment. On finit par redouter l'appel du patient, par regarder l'heure en séance, par perdre cette « présence à l'autre » qui est pourtant notre socle.

Poser un cadre thérapeutique protecteur : de la théorie à la pratique

Mes solutions cliniques pour tenir sur la durée

  1. Fixer des limites claires : Mes horaires ne sont pas négociables. Ce n’est pas de la rigidité, c’est de la protection mutuelle.
  2. Apprendre à déléguer : Si une problématique dépasse mon cadre ou mon énergie du moment, j’oriente. C’est un acte de probité professionnelle.
  3. Se reparenter : Comme me l’a appris la thérapie des schémas, je dois être un « bon parent » pour moi-même. Un parent qui sait quand il est temps d’éteindre la lumière et de se reposer.

Le bien-être du thérapeute, un enjeu central

Un thérapeute épuisé est un thérapeute inefficace, voire dangereux. Prendre soin de soi, c’est prendre soin de ses patients

L'art de la limite "douce" et la membrane thérapeutique

Comme me le rappelle souvent mon superviseur, Guillaume Ferré, la clinique du trauma est d’une complexité rare. Certains patients, dont la sécurité intérieure a été brisée, ont besoin de sentir que le lien existe aussi en dehors de la stricte fenêtre des 45 minutes. Ils ont besoin de vérifier que nous sommes “là”.

Sortir un peu du cadre n’est pas forcément une erreur ; c’est parfois un besoin clinique. Mais l’exercice est périlleux : il s’agit de donner sans se perdre.

clinique du trauma

Passer du mur à la limite vivante

J’apprends aujourd’hui à poser des limites douces. Au lieu d’un silence radio brutal qui pourrait réactiver une blessure d’abandon, j’opte pour une transparence bienveillante. Dire :

“Je reçois votre message, mais là, je suis en famille et je ne pourrais plus répondre. Nous en parlerons dès notre prochaine séance de psychothérapie.”

C’est une forme de reparentage limité : on montre au patient qu’il existe dans notre pensée, mais on lui montre aussi (par l’exemple) ce qu’est le respect des besoins de l’autre. En protégeant mon espace privé, je lui enseigne, indirectement, à protéger le sien.

C’est là que la supervision prend tout son sens : elle permet de s’assurer que cet écart de cadre est fait pour le bien du patient, et non pour combler notre propre besoin d’être “le sauveur”.

Vous vous demandez si vous pourrez tenir le coup ?

Découvrez de quelle manière la thérapie des schémas et l’ICV peuvent vous aider à retrouver l'équilibre.

Le rôle de la supervision : entre technique et humanité clinique

Trouver l’espace pour déposer ses doutes est un défi. J’ai eu la chance d’être accompagnée par des superviseurs qui m’ont permis de transformer ma pratique.

Dans mes supervisions très techniques (comme l’ICV), j’ai parfois ressenti un malaise. On y cherche la précision du protocole, l’exactitude de l’outil, mais l’aspect humain du “cadre qui déborde” y est parfois traité avec une froideur qui heurte. Recevoir des injonctions contradictoires selon l’expert en face ne fait que renforcer le sentiment d’insécurité, cependant, j’y trouve une manière d’affiner ma compréhension de la thérapie et une finesse plus juste dans son maniement.

C’est là que l’apport d’un superviseur comme Guillaume a été salvateur pour moi. À côté de la technicité nécessaire de l’ICV, il m’a permis de travailler sur la posture.

Apprendre que la “bonne distance” n’est pas une mesure mathématique, mais un équilibre qui se réajuste chaque jour.

Comprendre que sortir du cadre n’est pas une “faute technique”, mais un acte clinique qui doit être pensé, et non subi.

Pour conclure

Avant mon travail actuel avec Guillaume, j’ai été supervisée par Veena (au CEFTI). C’est elle qui m’a appris à être une figure de sécurité pour moi-même afin de mieux accueillir l’histoire de l’autre sans s’y perdre, tout en affinant l’utilisation des protocoles de la thérapie des schémas. Cette étape a été le socle de ma protection émotionnelle. Aujourd’hui, avec Guillaume, je poursuis ce chemin en travaillant plus spécifiquement sur la souplesse du cadre et la posture clinique.

Aujourd’hui, j’accepte que ma pratique soit hybride : la rigueur des outils que j’ai mis tant d’énergie à acquérir, et la souplesse d’une écoute qui accepte l’imprévu.

Thérapie des schémas et ICV pour retrouver l'équilibre

Fabienne Canal, psychologue à Cavaillon

100 route d'Eygalières
13660 ORGON
France

07 49 27 64 77


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