Et si vous arrêtiez de tout prévoir ? Comprendre et apaiser l'anxiété face à l'inconnu
En bref : ce que cet article vous propose
- Comprendre le piège de la certitude : pourquoi chercher à tout prévoir épuise le mental sans jamais effacer le doute.
- Trois exercices de défusion cognitive : des outils simples issus des TCC pour mettre de la distance avec les scénarios catastrophes.
- Passer du contrôle à la confiance : distinguer la préparation utile du contrôle anxieux pour réapprendre à naviguer dans l'incertitude.
L'engrenage des scénarios catastrophes : pourquoi l'incertitude déclenche l'anxiété
L' engrenage des scénarios catastrophes
« Je suis une anxieuse née, c’est génétique ! »
Bien souvent, cette sentence tombe.
Je l’entends comme un : « Aidez-moi, mais sachez que vous n’y pourrez rien : je suis anxieuse et je le resterai toujours. »
Camille se définit comme une anxieuse née. Pour elle, l’anxiété fait partie d’elle, presque comme un trait de caractère dont elle aurait hérité et auquel elle devrait se résigner. Elle me ramène souvent des anecdotes de son quotidien.
Un soir, alors qu’une collègue la croise en fin de journée, elle lui dit simplement : « Il faut qu’on parle demain. »
Et immédiatement, le cerveau de Camille se met à chercher des réponses :
- Qu’est-ce qui se passe ?
- Est-ce que j’ai fait quelque chose de mal ?
- Est-ce qu’elle m’en veut ?
- Et si la conversation se passait mal ?
- Qu’est-ce que je vais lui répondre ?
- Et si je ne savais pas quoi dire ?
Le lendemain n’est pas encore arrivé, mais Camille a déjà vécu plusieurs versions de celui-ci.
Vouloir tout contrôler face à l'incertitude
Et Camille n’est pas la seule à fonctionner ainsi :
- « Mon fils prend la route demain. Il est jeune conducteur… et si… »
- « Ma sœur sort avec des copines à Avignon. C’est tellement dangereux dans les rues… »
- « J’ai envoyé ce message, mais maintenant je me demande si je n’aurais pas dû l’écrire autrement… »
L’événement n’a pas encore eu lieu. Parfois, il n’a même aucune raison particulière de mal se passer.
Mais l’esprit anticipe. Il imagine, vérifie, cherche les risques et tente de trouver, à l’avance, la bonne réponse au problème qui n’existe pas encore.
Et si l’anxiété n’essayait pas seulement de nous alerter d’un danger, mais aussi de nous éviter l’expérience inconfortable de ne pas savoir ?
Car plus je veux être certaine que tout ira bien, plus je cherche tout ce qui pourrait mal aller. C’est ainsi que l’incertitude peut devenir difficile à supporter. Et que notre esprit se met à vouloir tout prévoir.
Le saviez-vous ?
Et si je pouvais arrêter de tout prévoir ? Quand l’anxiété cherche à nous protéger de l’incertitude
Vouloir tout prévoir : une fausse solution pour calmer l'angoisse
Quand l’anxiété s’installe, nous devenons parfois très habiles à ne pas rencontrer ce qui nous inquiète : anticiper, contrôler, vérifier, se rassurer, chercher à comprendre… avant même que quelque chose ne soit arrivé. Toutes ces stratégies ont une fonction : nous éviter l’inconfort de ne pas savoir et nous redonner un sentiment de sécurité. Et sur le moment, cela fonctionne souvent.
- Prévoir rassure.
- Contrôler apaise.
- Éviter soulage.
Mais progressivement, notre cerveau peut apprendre autre chose :
« Si je ne contrôle pas, je ne suis pas en sécurité. »
A vouloir réduire l’incertitude, nous nous retrouvons parfois à lui consacrer toujours plus de place. Et une question finit par se poser : peut-on réellement penser assez pour devenir certain ?
L'illusion de la certitude absolue face à l'imprévu
Lorsque l’anxiété s’installe, il est tentant de croire qu’il nous manque simplement une réflexion supplémentaire : peut-être qu’en analysant encore un peu, en imaginant davantage de scénarios ou en cherchant la bonne réponse, LA solution, nous finirons par nous sentir rassurés.
Et il est vrai que réfléchir est souvent utile. Cela nous permet d’anticiper, de nous organiser, de prendre certaines précautions.
Mais il existe une limite que personne ne peut franchir : l’incertitude.
Même avec toute notre intelligence, notre expérience et notre vigilance, nous ne pouvons jamais prévoir avec certitude :
- La réaction des autres ;
- Les événements imprévus ;
- Nos propres réactions futures ;
- Toutes les conséquences d’une décision ;
- Ce que nous ressentirons demain ;
- Ce qui se passera réellement.
Autrement dit, nous pouvons réduire une partie de l’incertitude sans pouvoir la supprimer complètement.
Les chercheurs ont donné un nom à cette difficulté : l’intolérance à l’incertitude. Il s’agit de la tendance à vivre l’incertitude comme quelque chose de particulièrement inconfortable, voire menaçant. Les études montrent aujourd’hui qu’elle joue un rôle important dans l’inquiétude excessive et l’anxiété.
Et c’est peut-être là que se cache le cœur du problème. Notre cerveau est capable de produire pratiquement une infinité de scénarios possibles sans jamais parvenir à produire la certitude absolue qu’il recherche et plus il répond à une question, plus une nouvelle apparaît.
« Et si cela se passait mal ? »
Puis :
« D’accord… mais si ce n’était pas exactement comme ça ? »
Puis :
« Oui, mais si autre chose arrivait ? ».
Chaque réponse ouvre une nouvelle possibilité et chaque possibilité appelle une nouvelle vérification, comme si l’esprit essayait d’atteindre un endroit qui n’existe pas : un futur parfaitement connu, sans surprise et sans risque.
Le problème n’est alors peut-être pas que nous ne réfléchissons pas assez. Le problème est que nous demandons parfois à la pensée quelque chose qu’elle ne peut pas nous donner : la certitude.
Comprendre la fusion cognitive : quand les pensées anxieuses deviennent des réalités
Le piège de la crédibilité de nos pensées
Si penser davantage ne permet pas d'obtenir la certitude recherchée, alors la question devient différente. Peut-être que le problème n'est pas le contenu de nos pensées. Peut-être que le problème se situe dans la manière dont nous les prenons au sérieux. Certaines pensées peuvent sembler tellement crédibles que nous ne les percevons plus comme des pensées. Nous les vivons comme des informations.
Par exemple : « Je vais forcément échouer. » devient intérieurement : « Je vais échouer. »
La nuance paraît minuscule. Pourtant, elle transforme complètement notre expérience.
Le phénomène de la fusion cognitive
Les approches contemporaines de la psychologie, notamment l'Acceptance and Commitment Therapy (ACT), décrivent ce phénomène sous le nom de fusion cognitive. Lorsqu'une personne est fusionnée avec une pensée, celle-ci ne lui apparaît plus comme une hypothèse ou une activité de son esprit, mais comme une réalité, une vérité ou une prédiction à laquelle elle doit réagir.
Lorsque cette pensée concerne une menace, un rejet, un échec ou un danger potentiel, elle paraît urgente et nous impose alors le besoin de la résoudre immédiatement.
La défusion pour retrouver de la distance
Pourtant, il existe une autre possibilité. La défusion ne consiste pas à convaincre notre cerveau qu'il se trompe. Elle ne consiste pas davantage à remplacer une pensée négative par une pensée positive. La défusion consiste à retrouver suffisamment de distance pour observer une pensée comme une pensée. Rien de plus.
Parfois, cela change beaucoup parce que lorsque nous cessons de nous battre avec nos pensées ou de les prendre pour des certitudes, nous retrouvons davantage de liberté pour choisir ce que nous voulons faire.
Les recherches sur la flexibilité psychologique suggèrent d'ailleurs que cette capacité à prendre du recul par rapport à ses pensées est associée à une diminution de la détresse émotionnelle et à une meilleure adaptation face aux difficultés de la vie.
Exercice de défusion 1 : mettre ses pensées catastrophes à distance
Objectif
Créer une expérience de distance avec une pensée anxieuse.
Déroulé
Choisissez une pensée qui vous tourmente régulièrement :
Par exemple : « Je vais échouer. », « Il va m’arriver quelque chose. », « Je ne vais pas y arriver. », « Cette personne va me rejeter. », etc.
Étape 1 : répéter à voix haute la pensée
Exemple : « Je vais échouer. »
Étape 2 : « Je pense que »
Ajouter de la distance en ajoutant en début de phrase « Je pense que » « Je pense que je vais échouer. »
Étape 3 : « Je remarque que »
Ajouter encore un peu plus de distance « Je remarque que je pense que je vais échouer. »
Étape 4 : ajouter encore de la distance
Ce n’est pas vous mais votre esprit qui pense « Je remarque que mon esprit me raconte que je vais échouer. »
Attention
Le but n’est pas de se convaincre que tout ira bien.
On ne remplace pas une pensée négative par une pensée positive. On change simplement notre position par rapport à cette pensée.
Que se passe-t-il lorsque je n’ai plus besoin de savoir si cette pensée est vraie immédiatement ?
Vérifications et ruminations : les pièges du contrôle permanent
Après avoir pris un peu de recul sur nos pensées, une autre question peut apparaître :
Pourquoi notre esprit insiste-t-il autant ?
Pourquoi continue-t-il à analyser, vérifier ou anticiper alors même que cela nous
épuise parfois ? Souvent, ce n’est pas parce qu’il cherche à nous faire souffrir. C’est parce qu’il essaie de nous protéger. Lorsqu’une situation nous paraît incertaine, notre cerveau se met naturellement en quête de moyens pour reprendre le contrôle.
Parfois, cela prend des formes très visibles :
- Vérifier une information plusieurs fois ;
- Éviter certaines situations ;
- Demander à être rassuré ;
- Rechercher sans cesse de nouveaux renseignements ;
- Solliciter l’avis des autres.
Mais il existe aussi des stratégies beaucoup plus discrètes. Nous pouvons alors :
- Repasser une conversation en boucle dans notre tête ;
- Imaginer toutes les réactions possibles ;
- Analyser encore et encore les mêmes éléments ;
- Chercher la décision parfaite ;
- Essayer de prévoir toutes les émotions que nous pourrions ressentir.
À première vue, ces comportements semblent différents.
Pourtant, ils poursuivent souvent le même objectif : réduire l’incertitude.
La quête impossible de certitudes
Le problème est que ces questions n’ont pas de réponse immédiate mais surtout il réside dans le fait que certaines réponses n’existent tout simplement pas :
- Nous ne pouvons pas savoir avec certitude ce que les autres pensent de nous.
- Nous ne pouvons pas être certains qu’aucune difficulté ne surviendra.
- Nous ne pouvons pas garantir que nous ne ressentirons jamais de peur, de tristesse ou de déception.
Le piège du contrôle permanent
Alors notre cerveau cherche davantage. Comme si la prochaine réflexion allait enfin apporter la sécurité recherchée.
Pourtant, les recherches sur l’intolérance à l’incertitude montrent que cette quête de contrôle tend souvent à maintenir l’inquiétude plutôt qu’à la résoudre. Plus nous tentons d’éliminer totalement l’incertitude, plus notre attention se focalise sur ce qui pourrait mal se passer.
Peut-être qu’à certains moments, nous ne cherchons donc pas réellement à résoudre un problème, nous cherchons surtout à obtenir la garantie que nous ne ressentirons jamais d’inconfort.
Or cette garantie n’existe pas. Et c’est précisément ce qui rend la bataille si épuisante.
Intolérance à l'incertitude : pourquoi le cerveau craint de ne pas savoir
Lorsque nous sommes anxieux, l’incertitude peut sembler insupportable. Comme si ne pas savoir était déjà un danger : l’absence de réponse doit être comblée immédiatement.
Pourtant, il est intéressant de remarquer que l’incertitude est présente partout dans nos vies. Nous ne savons pas exactement
- Comment se déroulera notre journée de demain.
- Ce que les autres ressentent réellement.
- Quelles opportunités ou quelles difficultés apparaîtront dans les prochains mois.
Et malgré cela, nous continuons généralement à vivre, à aimer, à choisir et à avancer. L’objectif n’est donc probablement pas d’aimer l’incertitude.
Personne n’aime toutes les formes d’incertitude ni ne souhaite volontairement traverser les périodes de doute, d’attente ou d’inquiétude.
L’objectif pourrait être plus modeste et surtout plus réaliste.
Apprivoiser l'inconnu au quotidien
Progressivement, une autre distinction devient alors possible. Nous pouvons commencer à différencier : « Je ne sais pas ce qui va arriver. » de « Je ne serai pas capable de faire face à ce qui arrivera. » L’anxiété a souvent tendance à mélanger les deux. Parce que l’avenir est inconnu, elle conclut qu’il sera forcément dangereux. Comme nous ne pouvons pas tout prévoir, elle suppose que nous serons démunis. Pourtant, ces deux affirmations sont très différentes.
- Ne pas savoir n’est pas une preuve d’incapacité.
- Ne pas connaître l’avenir n’est pas une preuve que nous ne saurons pas y répondre.
En réalité, beaucoup d’expériences difficiles que nous avons traversées dans notre vie n’étaient pas prévues. Et pourtant, nous avons trouvé des ressources pour y faire face : parfois imparfaitement, parfois avec de l’aide.
Mais nous les avons traversées.
Peut-être que la véritable sécurité ne consiste donc pas à savoir exactement ce qui va arriver. La sécurité se construit davantage dans la confiance progressive que nous pouvons faire face à ce qui sera là lorsqu’il arrivera. Cette confiance n’efface pas l’incertitude, mais permet souvent de ne plus la vivre comme une menace permanente.
Exercice de défusion 2 : apaiser le mental avec la technique du « Merci, cerveau »
Principe
Quand une pensée anxieuse revient : « Et si ça se passe mal ? » Plutôt que d’argumenter avec elle, on peut dire : « Merci, cerveau. Tu essaies de me protéger. »
Puis revenir à ce qui est réellement présent. Par exemple :
« Merci, cerveau. Tu essaies de prévoir tous les dangers possibles. Pour l’instant, je suis ici, et rien de tout cela n’est en train de se produire. »
Pourquoi cet exercice est intéressant
Parce qu’il reconnaît la fonction protectrice du mental sans lui donner automatiquement les commandes.
Il ne s’agit pas de se moquer de son cerveau ou de minimiser ce que l’on ressent. C’est une manière de reconnaître : « Je vois ce que tu fais. Et je n’ai pas besoin de résoudre cette pensée maintenant. »
Urgence et lâcher-prise : accepter de laisser certaines questions sans réponse
Lorsque l’anxiété est présente, tout semble urgent : une question apparaît et nous voulons une réponse, un doute surgit et nous cherchons à être rassurés, une possibilité inquiétante traverse notre esprit et nous ressentons le besoin de la résoudre immédiatement.
Comme si ne pas savoir était devenu dangereux et qu’une réponse devait absolument être trouvée avant de pouvoir continuer à vivre. Pourtant, il peut être utile de s’arrêter un instant et de se poser une autre question :
Ai-je vraiment besoin de connaître la réponse maintenant ?
Cette question peut sembler surprenante.
Lorsque nous sommes inquiets, nous avons souvent la conviction que ce qui nous manque est précisément une réponse. Mais avec un peu de recul, nous pouvons parfois remarquer autre chose. Nous ne cherchons pas toujours une solution.
Nous cherchons souvent une certitude. Et ce n’est pas tout à fait la même chose. Lorsqu’un problème concret se présente, il est souvent possible d’agir.
- Prendre une décision.
- Chercher une information.
- Demander de l’aide.
- Faire un premier pas.
Mais face à une possibilité concernant l’avenir, il n’y a pas toujours quelque chose à résoudre. Il y a parfois simplement quelque chose que nous ne savons pas encore. Et dans ces cas-là, se poser les bonnes questions peut être utile :
- Suis-je face à un problème réel ou à une possibilité ?
- Puis-je agir sur quelque chose
maintenant ?
- Est-ce que je cherche une solution… ou une certitude ?
- Ai-je réellement besoin d’une réponse aujourd’hui ?
- Que se passerait-il si je laissais cette question ouverte pour le moment ?
Cette dernière question est souvent la plus difficile. Parce que notre esprit répond rapidement :
« Si je laisse cette question sans réponse, je risque d’être pris au dépourvu. » Pourtant, nous vivons déjà avec de nombreuses questions ouvertes.
- Nous ne savons pas exactement comment se déroulera la semaine prochaine.
- Nous ne savons pas ce que les autres pensent réellement de nous.
- Nous ne savons pas quelles rencontres, quelles joies ou quelles difficultés nous attendent dans les mois à venir.
Et malgré cela, nous continuons à vivre, à aimer, à choisir et à avancer. Peut-être que la sécurité ne consiste pas à obtenir toutes les réponses. La sécurité réside davantage à découvrir que certaines questions peuvent rester ouvertes quelque temps sans que nous soyons en danger. Une phrase m’aide parfois à revenir à cette idée : Je peux ne pas savoir.
- Ce que cette personne pense.
- Comment cette situation va évoluer.
- Si ma décision sera la meilleure.
- Comment je me sentirai demain.
Ne pas savoir n’est pas forcément un danger. L’anxiété nous raconte souvent l’inverse. Elle nous dit que l’incertitude est un problème à résoudre. Qu’une réponse est urgente. Qu’il faut réfléchir encore un peu. Puis encore un peu.
Mais peut-être que certaines questions n’appellent pas une réponse immédiate. Peut-être demandent-elles simplement du temps. Et peut-être que nous pouvons apprendre, petit à petit, à attendre que la vie réponde là où notre esprit réclame une certitude.
Exercice de défusion 3 : revenir au moment présent face au doute
Étape 1 — Nommer la pensée
« Mon esprit me dit que… »
Étape 2 — Reconnaître l’émotion
« Et cette pensée fait naître de la peur / de l’inquiétude / de la tension. »
Étape 3 — Cesser momentanément de résoudre
« Je n’ai pas besoin de résoudre cette possibilité maintenant. »
Étape 4 — Revenir au présent
« Qu’est-ce qui est réellement là, maintenant ? »
Étape 5 — Choisir une action
« Même avec cette pensée et cette émotion, qu’est-ce qui compte pour moi maintenant ? »
Par exemple :
« Je suis anxieux, mais je peux quand même aller à ce rendez-vous parce que cette relation compte pour moi. »
On ne cherche plus à attendre de ne plus avoir peur pour vivre.
Préparation utile vs contrôle anxieux : apprendre à faire la différence
L utilité de la prévoyance
À ce stade, une question peut se poser. : Si la recherche de certitude entretient parfois l’anxiété, faut-il arrêter de prévoir ?
Certainement pas. Prévoir fait partie de la vie :
- Nous préparons un voyage.
- Nous organisons une réunion.
- Nous anticipons certaines difficultés.
- Nous réfléchissons avant de prendre une décision importante.
Et heureusement. La capacité à anticiper est l’une des grandes forces de l’être humain.
Le problème n’est donc pas de prévoir. Le problème apparaît lorsque la préparation se transforme en tentative d’éliminer toute incertitude : en ne cherchant plus à nous préparer, mais à nous protéger de tout ce qui pourrait être inconfortable, imprévisible ou inquiétant.
La préparation
La préparation repose sur une question simple : « Que puis-je faire maintenant ? ». J’identifie ce qui dépend de moi. Je prends les dispositions nécessaires. Puis je poursuis ma route.
Par exemple :
- Préparer un entretien ;
- Vérifier son itinéraire avant un déplacement
- Prévoir un budget ;
- Demander un renseignement utile avant de prendre une décision.
La préparation nous aide à agir.
Le contrôle anxieux
Le contrôle anxieux repose sur une autre logique : « Ai-je réfléchi suffisamment pour être certain que rien ne se passera mal ? ». Et cette question n’a malheureusement jamais de réponse définitive. Parce qu’il est toujours possible d’imaginer un nouveau scénario, une nouvelle difficulté, un nouveau doute ou une nouvelle question.
C’est souvent à ce moment-là que la réflexion cesse d’être utile et ne nous aide plus à agir. Elle nous maintient dans l’attente d’une certitude qui n’arrivera jamais. Lorsque cela se produit, il peut être utile de revenir à une question très simple :
Suis-je en train de préparer quelque chose… ou de chercher à me rassurer ?
La réponse n’est pas toujours évidente. Et parfois, c’est un peu des deux. L’enjeu est donc de repérer le moment où la réflexion cesse d’être un outil et devient une tentative d’échapper à l’incertitude.
Car la préparation a une fin : à un moment donné, nous avons fait ce qui était possible.
Le contrôle anxieux, lui, n’en a pas : il nous murmure qu’il faudrait encore
- Vérifier
- Réfléchir.
- Anticiper
Juste pour être sûr. Puis encore une fois. Et une autre. Peut-être que la différence essentielle se trouve là :
La préparation nous aide à vivre une situation. Le contrôle anxieux cherche à garantir à l’avance comment cette situation va se dérouler.
Or aucune réflexion, aussi brillante soit-elle, ne peut nous offrir cette garantie.
Nous pouvons nous préparer, organiser, faire de notre mieux et il vient toujours un moment où il nous faut avancer sans tout savoir. Et c’est peut-être précisément là que commence la confiance.
Développer la confiance en sa capacité d'adaptation face aux épreuves
Pendant longtemps, j’ai cru que pour me sentir en sécurité, j’avais besoin de savoir.
- Savoir ce qui allait arriver.
- Savoir comment les autres allaient réagir.
- Savoir si ma décision était la bonne.
- Savoir si tout allait bien se passer.
Comme beaucoup de personnes anxieuses, je pensais que davantage de certitude m’aiderait à me sentir plus sereine. Avec le temps, j’ai pourtant réalisé quelque chose. La certitude que je recherchais n’arrivait jamais vraiment. Même lorsque j’avais obtenu une réponse, mon esprit trouvait souvent
- Une nouvelle question
- Une nouvelle hypothèse.
- Un nouveau risque à vérifier.
Aujourd’hui encore, il m’arrive de recevoir sur mon téléphone des alertes météo envoyées par mon assurance. Parfois, elles annoncent de violents orages. Par précaution, je les lis. Mais j’ai remarqué qu’une grande partie de ces orages annoncés ne ressemblent finalement pas à ce que j’avais imaginé : certains passent plus loin, certains perdent en intensité et parfois, il ne se passe pratiquement rien. : l’alerte n’était pas fausse. Elle signalait une possibilité et pas une certitude.
Lorsque j’y pense, mon cerveau anxieux fonctionne souvent de la même manière. Il m’envoie des alertes.
« Attention, ça pourrait mal se passer. » « Et si tu n’y arrivais pas ? » « Et si les choses tournaient mal ?»
Comme les alertes météo, ces messages ne sont pas nécessairement des mensonges. Ils signalent une possibilité. Mais ils ne décrivent pas l’avenir.
La différence, aujourd’hui, c’est que j’essaie de ne plus les prendre pour des certitudes. J’essaie de me rappeler que mon esprit fait son travail : il cherche à me protéger. Et surtout, j’essaie de déplacer la question. Au lieu de me demander :
« Comment être sûre que rien de difficile ne va arriver ? »
J’essaie davantage de me demander :
« Si quelque chose de difficile arrivait, pourrais-je trouver une façon d’y faire face ? »
Pour moi, c’est là que quelque chose a changé. Je ne fais plus seulement confiance à mes capacités à prévoir. J’essaie de faire davantage confiance à mes capacités
- À m'adapter.
- À demander de l'aide si nécessaire.
- À apprendre.
- À traverser et à continuer d'avancer même lorsque je ne maîtrise pas tout.
Parce qu'au fond, la vie n'exige pas de nous que nous connaissions la suite de l'histoire. Elle nous demande surtout d'apprendre à rencontrer ce qui est là lorsqu'une nouvelle page se tourne. Il serait d'ailleurs injuste de présenter l'anxiété comme un simple problème dont il faudrait se débarrasser.
Les ressources et avantages de la vigilance
Car cette vigilance a aussi ses avantages. Les personnes anxieuses repèrent souvent plus rapidement certains risques, anticipent davantage les obstacles et préparent plus soigneusement certaines situations.
Dans des contextes d'urgence ou lorsque l'environnement devient imprévisible, cette capacité à détecter les menaces peut parfois constituer une ressource précieuse.
Certaines recherches suggèrent même que, dans certaines situations exigeantes ou ambiguës, l'anxiété peut être mobilisée au service de l'adaptation et de la performance lorsqu'elle n'envahit pas totalement la personne. Les psychologues ont notamment décrit ce phénomène sous le nom de pessimisme défensif : une manière d'utiliser l'anticipation des difficultés pour mieux s'y préparer.
Distinguer l'alerte de la certitude
Autrement dit, le problème n'est peut-être pas que notre cerveau sonne l'alarme. Le problème apparaît lorsque nous ne percevons plus la différence entre une alerte et une certitude.
Je peux être reconnaissante envers mon cerveau de chercher à me protéger. Je peux reconnaître l'utilité de certaines de ses alertes. Et dans le même temps, je peux apprendre à vérifier si le danger qu'il annonce est réellement présent.
Apprendre à composer avec l'anxiété
Je ne dis pas cela parce que j'aurais définitivement réglé la question de l'anxiété. Je ne suis pas devenue une personne qui ne doute jamais, qui ne s'inquiète jamais ou qui accueille l'incertitude avec sérénité en toutes circonstances. En réalité, il m'arrive encore de recevoir ces « alertes » de mon cerveau. Certaines m'invitent à agir et se révèlent utiles.
D'autres annoncent des orages qui ne viendront jamais.
Et j'apprends encore à faire la différence.
Peut-être est-ce cela, finalement, que j'ai le plus appris au fil des années : ne plus considérer chaque inquiétude comme une certitude, ni chaque incertitude comme un danger.
Car je reste une anxieuse, moi aussi.
Construire sa sécurité intérieure et apprivoiser l'anxiété au quotidien
Faire face à l'incertitude
Au début de cet article, je vous parlais de ce message :
« Il faut qu'on parle demain. »
Le message n'a pas changé. L'incertitude non plus. La personne qui le reçoit ne sait toujours pas ce qui sera dit le lendemain. Elle ne sait pas si la conversation sera difficile. Elle ne sait pas si elle repartira soulagée, déçue ou rassurée.
Elle ne sait pas et c'est précisément cela qui est difficile.
Pendant longtemps, j'ai cru que la sécurité viendrait de davantage de réponses, d'anticipation, de certitude.
Le chemin vers la sécurité intérieure
Aujourd'hui, je vois les choses autrement.
Je reste une anxieuse, moi aussi. Et pourtant, lorsque je regarde en arrière, je mesure le chemin parcouru.
Pendant longtemps :
- Je ne supportais pas de dormir dans le noir.
- Le simple bourdonnement d'une guêpe pouvait provoquer un mouvement de panique.
- Il m'arrivait de quitter précipitamment un chemin bordé de lavandes lorsque des abeilles ou des guêpes apparaissaient autour de moi.
Aujourd'hui, quelque chose a changé :
- Je dors dans le noir.
- Je peux jardiner alors qu'une araignée traverse ma main.
- Je remarque le bourdonnement des insectes sans que mon corps ne réagisse immédiatement comme s'il était en danger.
Un système d'alarme recalibré
Je ne sais pas exactement comment expliquer toutes ces transformations. En Li-ICV, on parlerait sans doute d'un développement du sentiment de sécurité intérieure. Cette idée fait sens pour moi.
Mais je crois aussi qu'au fil du temps, mon cerveau a appris autre chose. Il a appris que certaines situations qu'il considérait autrefois comme dangereuses ne l'étaient pas nécessairement. Comme si son système d'alarme s'était progressivement recalibré.
Certaines peurs qui occupaient une place importante dans ma vie ne sont simplement plus là aujourd'hui. Et cette expérience m'aide à garder une forme de confiance car si mon rapport à certaines peurs a pu évoluer à ce point, peut-être que d'autres changements restent encore possibles.
Peut-être que la sécurité que nous cherchons dans la certitude peut parfois se trouver ailleurs : dans la confiance que, quoi qu'il arrive, nous pourrons avancer avec ce qui sera là.
Fabienne Canal, psychologue à Cavaillon
100 route d'Eygalières
13660
ORGON
France
Références
- Bottesi, G., Ghisi, M., Carraro, E., Barclay, N., Payne, R., & Freeston, M. H. (2016). Revising the intolerance of uncertainty model of generalized anxiety disorder: Evidence from UK and Italian undergraduate samples. Frontiers in Psychology, 7, Article 1723. https://doi.org/10.3389/fpsyg.2016.01723
- Dugas, M. J., Koerner, N., & Freeston, M. H. (2026). State of the science: Intolerance of uncertainty. Behavior Therapy, 57(1), 17-36. https://doi.org/10.1016/j.beth.2025.08.009
- Norem, J. K., & Cantor, N. (1986). Defensive pessimism: Harnessing anxiety as motivation. Journal of Personality and Social Psychology, 51(6), 1208-1217. https://doi.org/10.1037/0022-3514.51.6.1208
- Schoendorff, B., Grand, J., & Bolduc, M.-F. (2011). La thérapie d'acceptation et d'engagement : Guide clinique. De Boeck Supérieur. https://doi.org/10.3917/dbu.boldu.2011.01


